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Loi travail : où en est-on ?

codedutravail1La loi relative au travail, à la modernisation du dialogue social et à la sécurisation des parcours professionnels (Loi El Khomri) a été définitivement adoptée le 21 juillet par l’Assemblée nationale en application de l’article 49, alinéa 3 de la Constitution  (TA n° 807).

Le conseil constitutionnel a été immédiatement saisi de deux recours (n°d’affaire 2016-736 DC), l’un émanant de députés de droite (Les Républicains, UDI), l’autre, de députés de gauche.

Le recours qui a été déposé par ceux que l’on appelle communément les « frondeurs du parti socialiste » est basé sur le «non-respect du débat parlementaire». Le chef de file des frondeurs, Christian Paul, estime en effet qu’il y a eu des « manquements successifs à la démocratie sociale et parlementaire», du fait du recours à l’article 49.3 par le Gouvernement.

Les députés et sénateurs de droite ont quant à eux saisi le Conseil constitutionnel  d’une contestation portant sur l’article 64 de la loi qui instaure une instance de dialogue social auprès des franchiseurs dans les réseaux comptant plus de 300 salariés :

« Dans les réseaux d’exploitants d’au moins trois cents salariés en
France, liés par un contrat de franchise mentionné à l’article L. 330-3 du
code de commerce qui contient des clauses ayant un effet sur l’organisation du
travail et les conditions de travail dans les entreprises franchisées, lorsqu’une
organisation syndicale représentative au sein de la branche ou de l’une des
branches dont relèvent les entreprises du réseau ou ayant constitué une section
syndicale au sein d’une entreprise du réseau le demande, le franchiseur
engage une négociation visant à mettre en place une instance de dialogue
social commune à l’ensemble du réseau, comprenant des représentants des
salariés et des franchisés et présidée par le franchiseur ».

Les sénateurs Les Républicains, auteurs de cette saisine, considèrent que « Cette situation crée un lien totalement nouveau entre le franchiseur et les franchisés, remettant en cause l’indépendance de ces derniers »  (texte de la saisine du Conseil constitutionnel rédigé par les sénateurs Les Républicains). Il s’agit, selon eux, d’une « atteinte au principe même du régime de la franchise et à la liberté d’entreprendre ».(sources : Le Figaro.fr – 26 juillet 2016 ; Le Point.fr – 28 juillet 2016): Les Echos.fr – 22 juillet 2016).

La publication de la loi travail interviendra lorsque le Conseil constitutionnel aura rendu sa décision, vraisemblablement mi-août.

Ensuite, la loi sera publiée .

Certaines dispositions entreront en vigueur immédiatement après la publication de la loi  mais la plupart n’entreront en vigueur qu’aux dates prévues par la loi, par exemple à partir du 1er septembre 2016 pour les nouvelles dispositions relatives au licenciement économique;  à partir du 1er janvier 2017 pour les accords d’entreprise portant sur la durée du travail, les repos et les congés ; la négociation sur le droit à la déconnexion ; les nouvelles dispositions sur l’inaptitude physique) et ce, sous réserve que  les décrets d’application aient été publiés.

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Faute lourde: désormais, l’indemnité compensatrice de congés payés est due

sanctionLa faute lourde est définie comme une faute commise par un salarié avec l’intention de nuire à l’employeur ou à l’entreprise (définition donnée par la Cour de cassation: Cass. soc. 16 mai 1990 n°88-41565; 3 octobre 2000 n°98-45426; 29 avril 2009 n°07-42294).

La sanction de cette faute est le licenciement immédiat avec privation des indemnités de rupture : indemnité de licenciement, indemnité de préavis.

Auparavant, la faute lourde privait également le salarié de  l’indemnité de congés payés qui était due au salarié, à la fin de son contrat de travail, en compensation des congés payés acquis lors de la période de référence en cours et non pris.

Ainsi, l’article L3141-26 du code du travail précisait:

Lorsque le contrat de travail est rompu avant que le salarié ait pu bénéficier de la totalité du congé auquel il avait droit, il reçoit, pour la fraction de congé dont il n’a pas bénéficié, une indemnité compensatrice de congé déterminée d’après les dispositions des articles L. 3141-22 à L. 3141-25.

L’indemnité est due dès lors que la rupture du contrat de travail n’a pas été provoquée par la faute lourde du salarié, que cette rupture résulte du fait du salarié ou du fait de l’employeur.

Dans une décision du 2 mars 2016 (décision 2015-523), le Conseil constitutionnel, saisi d’une question prioritaire de constitutionnalité, a considéré que l’alinéa 2 de l’article L3141-26 du code du travail était contraire au principe d’égalité devant la loi.

En effet, tous les salariés licenciés pour faute lourde ne sont pas privés de l’indemnité compensatrice de congés payés; ainsi, les salariés dont l’employeur est affilié à une caisse de congés payés (par exemple les entreprises de BTP, de transport, de manutention des ports et des dockers, et les entreprises de spectacles), contrairement aux autres salariés, ne perdent pas le bénéfice de leurs congés payés s’ils commettent une faute lourde.

Le Conseil constitutionnel a ainsi précisé, dans sa décision:

« En prévoyant qu’un salarié ayant travaillé pour un employeur affilié à une caisse de congés conserve son droit à indemnité compensatrice de congé payé en cas de licenciement pour faute lourde, alors que tout autre salarié licencié pour faute lourde est privé de ce droit, le législateur a traité différemment des personnes se trouvant dans la même situation ».

Par conséquent, depuis le 4 mars 2016, l’indemnité de congés payées est due à tous le salariés licenciés pour faute lourde.

Cette décision du Conseil constitutionnel est d’application immédiate.

Cela signifie qu’elle s’applique à toutes les salariés licenciés à compter ou postérieurement à la publication de la décision au Journal officiel, intervenue le 4 mars 2016. Elle s’applique également à tous les salariés licenciés avant le 4 mars et qui ont déjà engagé une procédure contentieuse non définitivement close.

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